Le pays dogon est un vaste territoire de plus de 30 000 Km², situé dans la partie orientale du Mali et empiétant sur le Burkina-Faso. Il occupe un site spectaculaire: un large plateau de grè primaire, érodé par le vent, qui se brise en surplomb de la plaine de Gondo-Séno sur une falaise ocre, escarpée de quelques 260 kilomètres, la falaise de Bandiagara.

 

De récentes études archéologiques ont révélé que différents groupes se sont installés, et parfois mêlés dans cette région. Il y aurait eu trois vagues de peuplement.

La première vague de peuplement remonte au IIème-IIIème siècles avant Jésus Christ. Ce sont des chercheurs hollandais qui en ont retrouvés les traces en inventoriant près de trente grottes dans la région de Sanga en 1964, dans lesquelles ils ont découvert une quarantaine de greniers faits de boudins de glaise superposés. Mais de cette civilisation ancienne baptisée Toloy (nom du lieudit de la découverte), on sait encore aujourd'hui peu de chose.

La seconde population est apparue bien plus tard vers les XI-XIIème siècles.
Il s'agit de la population Tellem. Ce nom d'origine dogon signifie simplement: "ceux qui étaient là avant".

Les tellems sont un peuple qui a conservé son mystère. Ils font l'objet de légendes très répandues chez les dogons qui ne manquent pas une occasion de nous en montrer les traces. Selon la plupart des dogons, les tellems ne dépassaient pas 60 cm de hauteur et certains affirment même qu'ils volaient.

Inutile de vous dire qu'en tant qu'occidentaux, nous sommes restés tout d'abord assez septiques devant de telles affirmations. Mais quand nous nous sommes trouvés sur les lieux des vestiges (voir photos ci-dessus et ci-dessous) , il faut bien avouer que nos doutes se sont transformés en multiples questions. La taille et la situation de leurs abris (toujours accrochés à la falaise dans des endroits apparemment innaccessibles) nous ont laissé sans réponse. Mais une chose est sure, si les tellems ne volaient pas, ils devaient être de plus que de bons escaladeurs s'ils voulaient atteindre leurs abris.

De cette population, les archéologues ont retrouvé de nombreux squelettes et des objets parmi les plus anciens connus de l'Afrique subsahareienne. Bien conservés grâce à l'atmosphère sèche des grottes, ils esquissent le visage d'un peuple d'agriculteurs et de chasseurs à la civilisation évoluée.

La disparition des tellems au XVIème siècle reste un mystère. On pense qu'ils ont été décimés par la famine et les épidémies, ou peut-être par les raids incessants des guerriers songhaïs et mossis.

Une certitude : ils auront eu le temps de cotoyer les dogons et de les influencer.

 

 

Enfin, les Dogons représentent la troisième et dernière vague de peuplement. la date de leur arrivée est aujourd'hui contestée. En remontant le temps grâce aux vestiges trouvés, l'anthropologue français Marcel Griaule datait en 1931, l'arrivée des dogons dans la falaise au XIIIème siècle, date confirmée depuis par la découverte d'autres vestiges archéologiques.

 

L'origine des Dogons semble aujourd'hui multiple.

Le principal groupe viendrait du Mandé (région du sud-ouest de Bamako), principalement d'un village nommé Dogoro, dans la région des monts Kouroula, village qui serait peut-être à l'origine du nom Dogon.

Chassés par l'Islam auquel ils refusent de se convertir, ces hommes, des malinkés, gagnent la falaise par le sud-est, tandis qu'une autre frange de population serait arrivée du sud, de l'actuel Burkina-Faso. D'autres encore, des Soninkés viendraient des environs de Tombouctou, par delà le Niger. Les Dogons constituent donc une mosaïques de peuples arrivant de lieux différents à des époques différentes. le terme Dogon est d'ailleurs très récent puisqu'ilo apparait à partir des années trente, dans les textes de Marcel Griaule.

Pourtant dans cette mosaïque se dessine une profonde unité. Au delà de leurs origines, les différentes composantes de la culture Dogon semlblent partager une même vision de l'univers et des ses commencements. Les mythes cosmogoniques dogons sont complexes. La vision dogon du monde est présentée par Marcel Griaule dans "Dieu d'eau" qui a pu y être initié par le doyen des prêtres totémiques de Sanga dans les années 40.

Aujourd'hui, le mythe dogon de la création du monde est commun à plusieurs peuples du mali mais aussi des confins du sénégal, du Niger, de la Côte d'Ivoire, du Ghana ou du Togo. Comme si, loin d'avoir vécu dans l'isolement de leur falaise, les dogons avaient ainsi partagé leur histoire de l'univers avec d'autres peuples, ce qui pourrait expliquer aujourd'hui sa permanence à travers les siècles.

 

Sur cette photo on peut observer les deux vagues de peuplement que la falaise a connu.

En premier plan des greniers dogons,
derrière, accrochées à la paroi rocheuse, les "maisons" tellems.

( voir aussi la première photo de la page)

(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

l'histoire du Pays Dogon


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